DataJob 2018 – Perspectives et limites de l’IA dans la santé

DataJob 2018 – Perspectives et limites de l’IA dans la santé

Jeudi 22 novembre, Quantmetry organisait DataJob 2018, le rendez-vous majeur des professionnels de l’IA au Carroussel du Louvre. L’occasion, pour différents acteurs de la data d’échanger sur leurs problématiques métiers, notamment dans le secteur de la santé autour de la problématique suivante :
L’utilisation des données au service de notre santé : quels impacts pour le médecin & quelles limites pour le patient ?
Pour y répondre, les visiteurs du salon pouvaient compter sur la présence de quatre intervenants, professionnels du secteur :
  • Professeur Carole Mathelin (Directrice de l’unité de Sénologie – Les Hôpitaux Universitaire de Strasbourg)
  • David Guez (Directeur WeHealth by Servier)
  • Romain Guedj (Pédiatre Urgentiste – Hôpital Trousseau)
  • Julien Méraud (CPO & CMO- Doctolib)
Cet échange a permis de faire émerger plusieurs tendances, décrites ci-dessous.

État des lieux de l’utilisation de la donnée dans le secteur médical

L’utilisation des données dans la santé n’est pas nouvelle. Elle permet déjà de répondre à certains besoins rencontrés par les professionnels, allant de la réduction des coûts et des délais à la réduction des erreurs et des risques. Plusieurs exemples l’illustrent.
  • Dans les études statistiques
    • En pédiatrie : les courbes de suivi du poids, de la taille et de la circonférence de la boite crânienne présentent dans nos carnets de santé dataient des années 80. Pour les réaliser, il avait fallu plus de 10 000 enfants, suivis sur 18 ans. En utilisant les données des médecins, il n’a fallu que trois semaines pour les actualiser.
    • En cancérologie : la durée nécessaire aux études réalisées dans la détection du cancer du sein a pu être largement diminuée. Quand il fallait 30 ans pour mener une étude de suivi sur des infirmières (de leur 30 ans à leur 60 ans), il ne faut plus qu’un mois pour identifier les facteurs favorisant la contraction d’un cancer. La réduction du temps nécessaire à l’étude est rendue possible grâce à l’utilisation des données des services de cancérologie (comme celui du Professeur Carole Mathelin) et des données de la médecine du travail.
  • En imagerie médicale
Les données peuvent aussi être utilisées pour optimiser le travail des médecins et faciliter le parcours du patient.

Enjeux et perspectives

Dans les services d’urgences, ce sont plus de 50 000 visites par an à traiter. Disposant de peu de temps par visite, recueillir les bonnes informations pour le praticien et établir un diagnostic fiable et précis est délicat :
  • Côté patient : certaines visites aux urgences ne sont pas justifiées. Afin de désengorger ces services, le patient doit être mieux orienté dans son choix de consultation, en utilisant son historique de consultation par exemple.
  • Côté médecin : être assisté par des systèmes prédictifs à la fois lors de l’identification des symptômes et lors de l’établissement du diagnostic permettrait de conserver une qualité des consultations tout en augmentant l’efficacité des services sur sollicités.

Cette flexibilité à acquérir est au cœur de la relation médecin-patient. Tandis qu’il est possible de réserver un repas ou un logement, suggéré selon nos préférences depuis notre smartphone, trop peu de suivi automatisé et digital sont en place dans le secteur de la santé.

  • Les ordonnances papiers en sont un bon exemple. Au-delà du support, le patient se retrouve à devoir assurer la communication entre son médecin, son pharmacien, son ophtalmologue. Le dossier médical partagé et dématérialisé, qui est déjà en place dans certaines villes (en Chine par exemple), permet au patient d’être plus autonome, notamment en cas d’accident.
  • Doctolib (https://www.doctolib.fr/) apporte une réponse en automatisant la prise de rendez-vous. Cela redonne du temps médical au médecin en réduisant le temps consacré à l’administratif.
  • La startup compte aussi proposer un service de téléconsultation. La télémédecine étant remboursée par la Sécurité Sociale depuis le 15 septembre, Doctolib a lancé ses premières télétransmissions. Le médecin est ainsi capable de transmettre une ordonnance à son patient sans avoir à le rencontrer physiquement.
La télémédecine peut aussi être utilisée suite à des opérations chirurgicales, permettant un suivi du patient revenu chez lui. Ainsi, la période à l’hôpital pour le patient peut être réduite tout en assurant un suivi. Les risques d’infections nosocomiales sont ainsi diminués.
Toutefois, certaines pratiques sont à éviter : par exemple les annonces de diagnostiques graves lors de téléconsultations. Le patient peut ne pas avoir les ressources psychologiques pour y faire face.
Ces avancés se heurtent à d’autres problèmes.
Limites rencontrées par les professionnels de la santé
Ces limites sont législatives et techniques.
Sur le plan législatif : Certaines lois doivent être adaptées aux cas d’usages. Par exemple, il est encore nécessaire (légalement) de mobiliser deux radiologues lors de l’analyse d’une radiographie afin d’établir un diagnostic. Alors que la performance, la productivité et la qualité pourraient être maintenue avec un radiologue et un outil d’analyse d’image médicale.
Sur le plan technique : Il est difficile pour les médecins de produire des données conformes. WeHealth utilise la data pour comprendre l’évolution des patients. David Guez rappelle que les outils utilisés dans les cabinets médicaux sont très hétérogènes et ne permettent pas de s’assurer de la fiabilité des données. En trois ans, WeHealth a observé plusieurs centaines de startup afin de trouver un moyen récupérer ces bio-marqueurs et de décloisonner les silos présents dans le secteur médical.
Les données des patients sont soumises au Règlement Général sur la Protection des Données, mis en application en 2018. Cette loi doit rassurer les patients quant à la gestion, la sécurité et la confidentialité de leur données sensibles. L’hôpital de Strasbourg, qui travaille avec Quantmetry, a recensé 1 refus d’utilisation de données relatives au cancer du sein pour 18 000 consentements. Les patients ont donc une certaine confiance en leur système de santé. C’est donc plus au niveau des médecins qu’un travail de sensibilisation est nécessaire, afin de leur faire comprendre que cette gestion de la donnée simplifierait leur travail plus qu’il ne le compliquerait.
✍Écrit par Antoine de Daran